La vraie vie

Novembre 2018

Exemplifier

Tout peut servir d’exemple. Donc il n’y a pas d’exemple en soi.
A première vue, l’exemple de quelque chose est là pour consolider l’existence d’autre chose, pour faire advenir son être, pour l’imposer. On dirait que l’exemple est de l’ordre de l’impur, de l’imparfait, dévoilant partiellement et imparfaitement une réalité qui lui est supérieure. L’exemple a une fonction de monstration, il fait signe vers autre chose qui est extérieure à lui-même.

Cours magistral

la vraie vie

novembre 2018

La vie bonne : genres et formes de vie dans la philosophie antique

Quand la philosophie apparaît au Ve siècle av. J.-C., elle ne naît pas comme science, mais comme mode de vie. Philosopher, c’est vivre un certain genre de vie et, si l’on en croit ceux qui le vivent, le meilleur parmi tous. La vie bonne, c’est la vie contemplative. Une telle affirmation s’appuie une réflexion plus large sur les formes de vie – qui ne se réduit ni à la biologie, ni à la sociologie, ni à l’anthropologie, mais qui se situe en
deçà du partage entre l’étude générale du vivant et celle de ses formes singulières. La philosophie n’est donc qu’une forme de vie parmi les autres, mais cette forme prétend être la plus haute. Il faut donc chercher à comprendre ce qui lie l’étude des formes de vie à un plaidoyer pour la vie philosophique. Si le mot grec theoria ne signifie pas simplement « théorie », c’est-à-dire un savoir coupé de l’expérience, mais « contemplation », c’est-à-dire un certain rapport vivant à ce qui est, alors il faut examiner en quoi ce rapport peut prétendre être plus vrai que les autres.

Cours magistral

La vraie vie

décembre 2018

Vie et vérité chez Nietzsche

Pour cette séance, on commencera par suivre le raisonnement de Nietzsche dans sa dimension destructrice. Ce dernier s’attaque en effet à tous les discours prétendument absolus – par exemple ceux de la philosophie ou de la religion – pour les ramener au type de vie qui l’énonce, en se demandant à chaque fois qui parle. Nietzsche est ainsi un des premiers auteurs à détruire la croyance en l’existence de vérités indépendantes de leur situation d’énonciation, et des rapports de pouvoir particuliers qui les caractérisent. Cette forme de nihilisme fait aujourd’hui partie de notre condition contemporaine : pourquoi choisir un mode de vie plutôt qu’un autre si toute croyance peut être réduite à une stratégie vitale ?
On verra ensuite comment Nietzsche tente de sortir de ce nihilisme. Pour cela, il lui faut reconstruire une distinction entre différentes existences plus ou moins authentiques, à l’intérieur d’un cadre où toute transcendance a été détruite. On examinera sa proposition, qui en passe entre autre par une opposition entre force et faiblesse, et on en questionnera les limites.

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La vraie vie

janvier 2019

Le monde de la vie dans la phénoménologie de Husserl :

Vers une science de la vraie vie ?

L’objet de cette séance sera de découvrir la pensée d’un auteur, Husserl, dont l’ambition est de mener la critique radicale à la fois de la science moderne et de la façon prétendument la plus simple dont nous nous rapportons au monde.
Retrouver la vraie vie, ce serait alors pour Husserl tenter par une méditation rigoureuse de mettre de côté nos préjugés pour redescendre jusqu’au sol primordial de l’expérience vécue, qu’il nomme « le monde de la vie », où les choses nous apparaîtraient telles qu’elles sont. Le projet husserlien, que nous étudierons et interrogerons, consiste à faire de ce sol le fondement d’une science, d’une vérité, et d’un rapport au monde qui ne soient plus coupés de la vie.

La vraie vie

Janvier 2019

Logique et Syllogisme

L’enjeu est double. D’une part, la logique a souvent été présentée comme la première partie de la philosophie. Par exemple, dans la philosophie antique, certains divisaient la philo en logique/physique/éthique. En grec, logikè est dérivé de logos, la raison, le langage, le raisonnement.
D’autre part, du point de vue de notre petit parcours initiatique du dimanche, l’idée est de parvenir à repérer la structure logique et argumentative d’un texte. Parce que c’est ça l’exercice pour la prochaine fois : à partir d’un des textes que vous avez sélectionné, en extraire la structure logique, les implications, les raisonnements, valides ou non. Essayer de ramener le texte à son squelette logique, la suite des arguments et leur enchaînement, pour voir si ça tient et comment ça tient.

Cours magistral

La vraie vie

février 2019

Face à la mort : l’authenticité de la vie dans l’existentialisme

Dans cette séance, nous voulons questionner la vie à partir d’un sentiment aussi banal qu’il peut s’avérer intense : l’angoisse de la mort. La mort peut être vue comme dépassement ou accomplissement de la vie, comme passage, réincarnation, grand sommeil, séparation de l’esprit et du corps, pour le meilleur ou pour le pire. À chacune de ces images de la mort correspond sans doute une palette de rapports que les humains vivants entretiennent avec la mort, de l’espoir à la crainte en passant par l’acceptation ou l’attente. La modernité, en balayant les grands récits mythiques et religieux, nous laisse seuls et sans réponse face à la mort. De là naît un rapport particulier avec elle : la peur, voire l’angoisse de la mort. Pour les chrétiens qui
craignaient l’enfer, il y avait quelque chose qui faisait peur dans la mort, une certaine image des souffrances et des malheurs qui attendaient les pécheurs. Si la peur est peur de quelque chose de déterminé, il n’en va pas de même avec l’angoisse. Elle nous saisi lorsque l’on a peur sans savoir de quoi : la mort est tellement peu représentable que le sentiment qu’elle provoque est comme un vertige de frayeur sans objet.

Cours magistral

La vraie vie

mars 2019

La survie. L’au-delà de la vie comme idée de la vraie vie.

Le terme de « survie » admet deux connotations différentes. Lorsqu’on évoque la survie dans le désert, on pense à la forme la plus précaire, la plus fragile, la plus diminuée de la vie. Inversement, lorsqu’on dit que l’âme survit au corps, on s’imagine une vie après la mort, c’est-à-dire une autre vie, plus vraie, plus belle, plus haute. Ces deux usages du terme paraissent presque contradictoires. Ils portent cependant la même idée : celle d’un excès du vivant par rapport aux conditions de sa propre vie. Que ce soit dans l’expérience de la privation ou dans celle du dépassement, la vie semble toucher à ce qui en elle survit, à ce qui reste ou qui résiste quand tout a disparu. À partir de cette étrange coïncidence, nous ferons l’hypothèse que ce qu’une vie a de plus vrai est cela qui en elle-même l’excède – la capacité de survivre – et nous chercherons dans les différentes formes de la survie autant de figures de la vérité.

Cours magistral

La vraie vie

mai 2019

La vraie vie est-elle imaginaire ?

« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Que signifie donc que la vraie vie soit imaginaire comme l’avance Proust ? La séance prendra appui sur des matériaux littéraires et fictionnels (Proust, Rimbaud, Bolaño). Pour montrer comment l’imaginaire permet de nouer ensemble la vérité et la vie, nous nous appuierons aussi sur la pensée noétique arabe, qui a envisagé l’imagination comme un mode de connaissance propre, et en fait la demeure propre de l’âme. Nous établirons ainsi que l’imaginaire permet de penser comment la vérité advient dans la vie, et comment la vie accède à sa vérité.

Cours magistral

La vraie vie

juin 2019

CRACHONS SUR HEGEL

Pour Hegel , « Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre ». Non pas parce que le héros n’est pas un héros, mais parce que le valet de chambre est un valet de chambre. Autrement dit, celui – ou celle – qui a affaire à la sphère de la reproduction, qui prend soin de disposer les choses pour permettre aux autres d’agir ou de produire, est exclu de ce qu’Hegel nomme la réalité. Il réserve en effet ce nom aux êtres et aux choses qui ont la force de paraître sur la grande scène de l’histoire.
A partir d’un exposé sur la dialectique hegelienne et sur sa version marxiste, on reprendra les analyses de certaines féministes, notamment Carla Lonzi, qui tentent de dépasser l’opposition entre le monde et le foyer, entre la vie et l’Histoire.

Cours magistral

La vraie vie

juin 2019

La conversion. Qu’est-ce que changer de vie ?

Se convertir, ce n’est pas simplement changer d’idées ou de croyances, mais c’est changer de vie. Que signifie, cependant, changer de vie ? Que change-t-on exactement quand on change de vie ? La notion wittgensteinienne de forme de vie constitue une réponse à cette question : se convertir, c’est modifier son mode de vie. Quel est le rapport entre la manière et la vie ? En quoi la manière modifie-t-elle la vie elle-même ? On voudrait montrer que le concept de forme de vie permet à Wittgenstein de penser une modification pratique de coordonnées transcendantales de la vie. En ce sens, la conversion est un opérateur révolutionnaire.

2018-2019

Présentation de l’année 2018-2019

Nous inaugurerons l’école avec un premier semestre de cours qui durera toute l’année. Le thème que nous nous proposons d’étudier est celui de la vraie vie. Il s’agit d’une question aussi vieille que la philosophie elle-même.

Cours magistral

octobre 2019

Présentation de l’année 2019-2020

L’étymologie courante veut que la philosophie soit « l’amour de la sagesse ». Le terme grec philia et le verbe philein renvoient toutefois à l’idée d’amitié plus qu’à celle d’amour. Le nom même de « philosophie » enveloppe donc l’amitié. Aimer la sagesse, non pas comme un amoureux ou un amant, mais comme un ami, qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut peut-être dire, avant tout, être ami.e.s dans la sagesse.

Ateliers

Amitié et Vérité

novembre 2019

Cinéma : La bête lumineuse

« Bernard c’est le monde à l’envers, c’est un baiser sur la joue de ma femme qui est complètement gênée, Bernard c’est une parole , c’est un vin, un homme qui se soule complètement. Bernard c’est celui qui va te donner ce qu’il y a à te donner. »

Cours magistral

Amitié

novembre 2019

Amitié et vérité

Si le philosophe est, comme le prétend l’étymologie, l’ami de la sagesse, alors la relation qui unit le philosophe au savoir doit nous enseigner quelque chose de l’amitié. Pourtant, le philosophe n’est pas l’ami des hommes, mais des Formes. En cela, la philosophie semble ignorer toute relation interpersonnelle et leur préférer le rapport à un savoir absolu. Elle prétend cependant que ce désir de vérité, loin de lui être propre, constitue la vérité du désir. Pour que le désir parle vrai, il faut des formes. Nous essayerons de comprendre ce qui se joue dans un dialogue et à quelles conditions une vérité peut s’y exprimer.

Bibliographie :

  • Platon, Le Banquet ; L’Alcibiade
  • Foucault, Le courage de la vérité
  • Lacan, Séminaire VIII, Le transfert

Ateliers

L’amitié vertueuse

décembre 2019

Cinéma : Barberousse

"Il a dit que si je vous soignais, ça me soignerait aussi."

Cours magistral

Amitié

décembre 2019

L’amitié vertueuse chez Aristote

La « vertu » dans le théorie de l’amitié chez Aristote

Que veut dire se soucier de ses amitiés ? Non pas l’ami, dans l’appréhension fine de sa manière d’être que je peux en avoir, ni moi-même dans ce que j’attends ou demande de mon ami, mais cette relation d’amitié elle-même, et à travers elle ce qui est partagé par deux amis. Quelle est-elle cette chose ? Et ce qui est partagé par les deux amis, est-il en soi commun, c’est-à-dire possiblement partageable avec d’autres ? Ou ce ne serait qu’un bien réservé à des amitiés exemplaires, voire impossibles, inexistantes finalement, vis-à-vis desquelles toute amitié n’est qu’une pâle copie décevante ? On abordera ces problèmes à travers quelques enjeux posés par le rôle de la "vertu" (arete) dans la théorie de l’amitié d’Aristote tel qu’il l’expose dans L’Ethique à Nicomaque.

Ateliers

Féminisme

janvier 2020

Théorie queer et féministe

Présentation, lecture et discussion de textes centraux des pensées queer et féministe. L’idée est de se constituer un corpus au fil des séances et de s’en servir pour critiquer les textes qui sont proposés afin de mieux les saisir.

Ateliers

janvier 2020

Groupe de lecture

Nous lirons en petit groupe et avec précision des extraits de L’enquête sur l’entendement humain de David Hume ; un texte classique qui fit événement dans l’histoire de la philosophie et qui influence les pensées les plus contemporaines, notamment par son rapport critique à l’égard de la métaphysique.

Ateliers

amitié

janvier 2020

Nostalgie

Nous reviendrons chaque week-end sur le contenu du cours magistral de la session précédente : qu’en retenons-nous cinq semaines plus tard ? qu’est-ce qui résiste encore à notre compréhension ? comment synthétiser, schématiser, s’approprier, voire retransmettre à notre tour ce qui nous a été enseigné ?

Ateliers

Amitié stellaire

janvier 2020

Pat Garrett and Billy the Kid

Existential fucking violence

Cours magistral

amitié

mai 2020

À nos amours : amitié, amour, sexualité

Nous nous poserons d’abord dans ce cours la question de la distinction entre amour et amitié, après avoir tenté de les définir : affects, relations, expériences ? Il s’agira d’interroger le critère qui permet de dire qu’on « tombe amoureux.se », par exemple d’un.e ami.e, alors même qu’on aime tou.te.s ses ami.e.s. On s’attardera notamment sur l’hypothèse qui semble la plus commune : celle faisant du désir sexuel le point de bascule de l’amitié vers l’amour. On se demandera alors ce qui sépare les amoureux.ses qui s’aiment des amant.es qui font l’amour, en nourrissant nos
interrogations d’une étude de la figure moderne dessex friends, ces ami.e.s qui font l’amour.
La deuxième partie du cours concernera la mutation éthique que subit l’amour à notre époque, où la relation amoureuse classique est mise à mal soit par le libéralisme existentiel que produit le capitalisme (refus de l’engagement, quête du plaisir individuel, survalorisation de la multiplicité des expériences), soit par la volonté adverse de déconstruire un modèle amoureux très genré et semblant condamné à ses affects tristes (jalousie, manque, dépendance…). Cette subversion du rapport amoureux classique semble le faire muter vers ce qui s’apparente davantage à de l’amitié ou de la camaraderie amoureuse. Un nouveau type de rapport confondant amitié, amour, sexualité, et qui réclame sa propreéthique s’il veut déjouer à la fois les apories de l’amour romantique classique et celles du libéralisme existentiel.

Ateliers

Amitié et Amour

mai 2020

Cinéma : le male gaze

"On ne peut pas faire des films sur quelque chose, on peut faire des films avec quelque chose, avec des gens, avec de la lumière, avec des fleurs, du sang, avec toutes ces choses insensées qui en valent la peine" Douglas Sirk

Ateliers

mai 2020

Simone Weil

"Aimer la distance. Le point de rencontre des parallèles est à l’infini."

Un petit groupe de travail s’est consacré cette année à l’exploration de l’oeuvre de Simone Weil, en partant du thème de l’amitié puis en traversant différentes périodes de sa vie et de son engagement politique.

Ateliers

Avril 2020

mai 2020

Jeanne Dielman - La domesticité

Durant cette période de confinement, nous avons voulu tenté un atelier cinéma à distance.
Le confinement posait la question, dans les formes classiques du cinéma du huis-clos. Mais nous avons préféré, plutôt qu’analyser des huis clos rigoureux, nous poser la question de l’intérieur, du confinement, qu’il soit choisi ou non, et filmer l’extérieur ne veut pas dire l’ouverture.
Le premier épisode parlera d’un confinement qui concerne la moitié de l’humanité, et qui est le confinement des femmes à la maison, dans leurs tâches ménagères et Chantal Akerman veut "faire de l’art avec une femme qui fait la vaisselle".

Ateliers

Avril 2020

mai 2020

Canine - L’aliénation

Durant cette période de confinement, nous avons voulu tenter un atelier cinéma à distance.
Le confinement posait la question, dans les formes classiques du cinéma du huis-clos. Mais nous avons préféré, plutôt qu’analyser des huis clos rigoureux, nous poser la question de l’intérieur, du confinement, qu’il soit choisi ou non, et filmer l’extérieur ne veut pas dire l’ouverture.
Le deuxième épisode sera une entreprise anthropologique imaginaire : que se passe t-il si l’on élève ses enfants dans l’ignorance la plus totale de l’extérieur, à l’intérieur d’une fiction absolument montée de toute pièce ? C’est ce que filme Yorgos Lanthimos dans Canine (2009).

Ateliers

Mai 2020

mai 2020

La Chambre de Vanda - Le quartier

Durant cette période de confinement, nous avons voulu tenté un atelier cinéma à distance.
Le confinement posait la question, dans les formes classiques du cinéma du huis-clos. Mais nous avons préféré, plutôt qu’analyser des huis clos rigoureux, nous poser la question de l’intérieur, du confinement, qu’il soit choisi ou non, et filmer l’extérieur ne veut pas dire l’ouverture.
Le troisième épisode sera sur le quartier, le ghetto. Pedro Costa va filmer Vanda dans sa chambre, à Fontainhas, un quartier de Lisbonne en pleine destruction par des bulldozers.
Il dit : « Les plans de cinéma sont un peu comme des pierres : il y a l’ambition qu’à la fin, le film soit comme une maison, entière, habitée, d’où l’on peut sortir et entrer. »

Cours magistral

juin 2020

Sur la sororité

Telle qu’on la connaît, l’amitié est une affaire d’hommes. Elle a été, dans la culture occidentale, dominée par des valeurs fondamentalement masculines, parmi lesquelles, au premier titre, la fraternité. Si l’homme est l’ami de l’homme et que la femme est tenue pour l’objet de l’homme, en quel sens est-elle l’amie de la femme ? Et pourrait-elle être l’amie de l’homme ? On s’interrogera, à partir des théories féministes, sur la signification et la possibilité d’une amitié féminine.

Cours magistral

juillet 2020

L’amitié politique

Théoriquement, la relation qui unit les citoyens dans nos États modernes est celle du contrat : contrat politique entre le peuple et ses représentants, contrat économique entre les membres du peuple. Libre ensuite aux individus de signer toute sorte de contrats supplémentaires, tant qu’ils respectent des règles minimales (le droit). Nous proposons l’expérience de pensée suivante : que deviendrait un système politique si la relation qui en unit les membres était l’amitié plutôt que le contrat ? Est-ce seulement possible ? Peut-on encore parler de système politique ? Et puis, que faire alors des relations qui n’entrent pas dans le cadre de l’amitié ?
L’enjeu d’une telle expérience de pensée n’est pas seulement d’imaginer d’autres formes de politiques mais aussi de déployer toutes les possibilités de l’amitié en la libérant de la sphère restreinte de l’intimité (« entre amis »).

Cours magistral

Amitié

octobre 2020

Ad astra. L’amitié stellaire selon Nietzsche

On considère généralement nos amis comme nos proches. Il se pourrait cependant que la proximité, par quoi on a l’impression d’être fait les un.e.s pour les autres, ne soit que l’indice d’un narcissime profond qui nous fait chercher en l’autre le simple reflet de nous-mêmes. Que serait une amitié débarrassée de tout narcissisme ? La critique nietzschéenne de l’amour du prochain accouche d’une proposition énigmatique : une amitié d’étoiles.

Bibliographie
F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, « De l’amour du prochain », « De l’ami »
F. Nietzche, Le gai savoir, §279

Ateliers

octobre 2020

Présentation de l’atelier science-fiction

« Nous sommes plusieurs à penser, depuis notre coin d’avoine sauvage, au milieu du maïs extra-terrestre, que, plutôt que de renoncer à raconter des histoires, nous ferions mieux de commencer à en raconter une autre, une histoire que les gens pourront peut-être poursuivre lorsque l’ancienne se sera achevée. »

  • Il faudra d’abord apprendre à lire, dit Omélas en clignant des yeux.
  • Et peut-être se mettre à écrire ?, demanda Qynabys. »

Ateliers

octobre 2020

Présentation de l’atelier théologie

Cet atelier est expérimental. On y parlera de théologie et de religion avec la plus totale liberté, sans pour autant dire n’importe quoi. Si la science est parfois hâtivement qualifiée de nouvelle religion aujourd’hui (en tant que discours qui a le monopole de la vérité), il n’est pas absurde, au cours d’une année consacrée aux sciences, d’apporter un contre-point théologique dans un atelier. Une des différences essentielle entre science et religion tient peut-être dans le fait que la première ne répond pas (ou plus) à la question du sens de la vie que prétendait régler la seconde. Si on ne regrette pas la main-mise que la religion a pu exercer – et exerce encore – sur la vie humaine, on peut se demander quel type de discours prend aujourd’hui en charge la recherche du sens de l’existence individuelle et collective : nous faisons le pari que la philosophie, le commentaire et la discussion peuvent y participer. Il ne s’agit pas pour autant de construire de nouvelles croyances « à partir de rien » ni de déléguer toute notre foi à un projet critique ou politique : dans notre quête, nous irons donc interroger aussi les sagesses religieuses en espérant y trouver quelques lumières. À travers une exploration très sommaire de grands textes religieux choisis par les participants à l’atelier d’une séance sur l’autre, nous nous exercerons à commenter les paroles sacrées en voyant ce qu’elles ont permis d’éclairer tout comme les zones d’ombres qu’elles continuent de projeter aujourd’hui.

Ateliers

octobre 2020

Présentation de l’atelier féminisme

"Si nous estimons que le féminisme est davantage qu’une étiquette frivole, si nous le concevons comme une éthique, une méthodologie, une manière plus complexe de penser les conditions de la vie humaine et donc d’agir sur elles, nous avons besoin d’une connaissance de nous-mêmes qui ne peut se développer que par une attention constante et passionnée à toute l’expérience des femmes (...). S’il en est ainsi, nous ne pouvons travailler seules. Confrontons-nous plutôt à ce fait, que notre espoir de parvenir à penser à l’encontre d’une conception du monde mutilée et mutilante, cet espoir repose sur notre recherche d’une communauté de collaboratrices à qui nous ferons don de notre allégeance. Et au-delà de l’échange et des critiques adressées à propos du travail, nous devons nous demander comment nous pouvons rendre les conditions du travail plus fructueuses, non seulement pour nous-mêmes, mais l’une pour l’autre. Ce n’est pas une question de générosité.(...) La question est celle de la communauté que nous nous efforçons de constituer dans notre travail et sur laquelle nous pouvons nous appuyer ; savoir qui nous envisageons comme auditoire, nos partenaires de création, nos aiguillons ; qui nous poussera à aller plus loin dans notre travail, avec davantage de sérieux que nous ne l’aurions osé ; à partir de l’oeuvre de qui nous pourrions nous-mêmes édifier quelque chose". 

Adrienne Rich, "Ce qu’il nous faut pour oeuvrer", 1976

Cours magistral

Science

octobre 2020

La révolution copernicienne comme changement cosmologique


Que la Terre tourne autour du Soleil – et non pas l’inverse – est l’une des plus grandes certitudes acquises par la science moderne. C’est aussi un énoncé qui a fait basculer le monde, du système ptoléméen au système copernicien, du géocentrisme à l’héliocentrisme, de l’harmonie cosmique au silence des espaces infinis. La révolution copernicienne est devenu non seulement le modèle de toute révolution scientifique, mais aussi celui du changement radical de monde qui a inauguré la modernité. Pourtant, il ne s’agissaitque d’une hypothèse astronomique visant à simplifier le calcul des trajectoires planétaires – en prenant comme point fixe non plus la Terre mais le Soleil. Pourtant, on continue toujours de voir le Soleil se lever tous les matins et se coucher tous les soirs. On voudrait donc essayer de comprendre comment un simple énoncé scientifique a pu transformer aussi profondément le rapport au monde de toute notre civilisation.

Bibliographie
Alexandre Koyré, La révolution astronomique, Copernic-Kepler-Borelli, Paris, Hermann, 1961
Thomas Kuhn, La révolution copernicienne, trad. A. Hayli, Paris, Fayard, 1973

Ateliers

octobre 2020

Présentation et programme de l’atelier cinéma

« L’auteur qui a médité sur les conditions de la production actuelle [...] son travail ne sera jamais uniquement le travail sur les produits mais toujours en même temps un travail sur les moyens de production. » Walter Benjamin, « L’Auteur comme producteur ».

Une image de cinéma est possible grâce à un machine optique, objective, qui peut à la fois filmer une frappe aérienne de l’armée israélienne, des rues de métropoles ou des rayons de supermarché, des actrices ou des ouvriers en grève. Le cinéma est absolument dépendant de sa technique, quelle soit scientifique, militaire ou économique.
Cependant le cinéma remet constamment en jeu ses propres conditions. Cette réflexivité du cinéma sur sa matéralité et son historicité, nous choisissons de l’analyser tout au long de l’année à travers l’oeuvre d’Harun Farocki. Ce travail sera accompagné de lectures de textes et de visionnages d’extraits d’autres œuvres cinématographiques.

Ateliers

Novembre 2020

novembre 2020

Présentation des groupes du dimanche

Ces petits groupes, constitués à l’année, expérimentent ce que donne la réflexion philosophique appliquée directement à une matière non philosophique en lien avec le thème de l’année.
Cette année, il y en a 6.
Cybernétique, Ecologie, Ethologie, Harmonie, Architecture, Astronomologie.
Ci-joint les différentes présentations des groupes.

Cours magistral

Octobre 2020

novembre 2020

Qu’est-ce qu’une révolution scientifique ?

Nous tenterons de répondre à cette question avec notamment le livre de Thomas Kuhn, La structure des révolutions scientifiques (1962).

Cours magistral

Science

décembre 2020

Le tournant cybernétique

Le mot « cybernétique » charrie avec lui quantité de fantasmes et de représentations en tout genre – ordinateurs, informatique, robots, nouvelles technologies en général. Le but de ce cours est Triple. Il s’agira en premier lieu de dissiper cette confusion en répondant précisément à la question « Qu’est-ce que la cybernétique ? » via la lecture des textes fondateurs de N. Wiener. Il nous faudra comprendre la définition qu’il en donne, à savoir qu’elle est « la théorie du contrôle et de la communication, aussi bien chez l’animal que dans la machine ». Une fois ce point établi, nous essaierons de situer la cybernétique par rapport aux sciences de l’époque : quels problèmes vient-elle résoudre et quel nouveau paradigme scientifique propose-t-elle ? Peut-on parler d’une science cybernétique ? Enfin, nous essaierons de dégager quelques uns des enjeux culturels qui entourent la naissance et le développement de la cybernétique : de l’usage militaire des débuts au pacifisme profond de l’après guerre ; le rapport entre humains et machines ; l’usage de la cybernétique au-delà de son domaine de départ déjà très vaste.

Cours magistral

Science

février 2021

Savoirs situés et objectivité forte

Le féminisme a contribué à déconstruire le mythe d’un discours universellement valide, en montrant qu’une telle prétention à l’universalité ou à la neutralité repose en réalité sur l’hégémonie d’une position singulière sur d’autres. Il faut alors comprendre que tout discours, tout savoir est situé. Mais c’est alors l’objectivité, comprise comme la possibilité de délier un énoncé de la subjectivité qui l’énonce, qui s’effondre. Or l’objectivité n’est rien d’autre que le critère même de vérité des énoncés scientifiques. Est-il alors possible de penser l’objectivité tout en renonçant à l’universel ? Ou comment renoncer à l’universel sans détruire l’objectivité qui est condition et critère de vérité ? Après avoir déployé les termes de ce problème, nous tenterons de le résoudre en examinant l’hypothèse que des penseuses féministes ont appelée "objectivité forte".

Cours magistral

Science

mars 2021

Le calcul symbolique

On calcule sur des chiffres. Pour faire le compte d’une addition, cela se fait de tête. On s’en remet sinon à la machine. Mais lorsque cela se complique, on pose un X pour l’inconnu d’un tel calcul. Il faut alors penser et inventer de nouvelles formes de calcul. Mais que se passe-t-il si l’on interprète le X comme autre chose qu’une quantité ? Que devient une équation où le X n’est plus un chiffre, mais une proposition ou une idée ? La logique mathématique se mêle alors à notre langage et à notre vision du monde.

Cours magistral

Science

avril 2021

L’écologie est-elle une science comme les autres ?

Les sociétés modernes se sont construites sur l’équation savoir = prévoir = pouvoir. Si l’écologie ne consiste pas seulement à ajouter des connaissances au premier terme, en quoi modifie-t-elle l’équation ?
Discipline née à la fin du XIXe, l’écologie a contribué à subvertir certaines oppositions structurantes pour les sciences modernes. Traditionnellement, le sujet connaissant entretient un rapport d’extériorité et de surplomb à son objet : on cherche les lois de la nature pour en permettre la maîtrise. L’écologie, elle, étudie les relations d’interdépendance qui unissent les vivants – du ver de terre au chercheur en laboratoire – entre eux et à leur milieu. Pourtant, elle exerce aujourd’hui des prérogatives apparemment identiques à celles des sciences fondées sur la séparation entre nature et culture, sujet et objet. Forte d’un discours sur le destin de la planète, on attend de ses modélisations qu’elles valident décisions politiques et innovations technologiques. Peut-on à la fois replacer le sujet connaissant dans son milieu et continuer à exercer les prérogatives d’une science ? Nous en examinerons trois : la capacité à décrire de façon unifié les phénomènes terrestres, celle de prédire les événements futurs et celle de résoudre les problèmes écologiques, à travers les notions respectives d’Anthropocène, de collapsologie et de géo-ingénierie.

Cours magistral

mai 2021

Biologie et féminismes

Dans ce cours, nous étudierons le cadre épistémologique fondé sur l’hypothèse de la différence sexuelle dans ses rapports complices et contradictoires avec des discours biologiques et féministes. En particulier nous nous demanderons comment, au nom d’une réappropriation des corps des femmes, le champ féministe des années 1970 s’est constitué contre un certain discours biologique, et en quoi nous assistons aujourd’hui à « un tournant biologique d’un nouveau genre » (Anne Emmanuelle Berger, 2020), c’est-à-dire en quoi la biologie peut servir aujourd’hui à légitimer des pratiques féministes d’appropriation des corps. Pour ce faire, nous examinerons comment les nouvelles technologies de procréation troublent l’hypothèse de la différence sexuelle, à savoir troublent les rapports entre sexe, sexualité et identités de genre.