Le thème de cette année, « L’ordre des choses », a mis cinq différents groupes d’étude au travail : désir, anarchi(sm)e, l’esprit du mal, poésie et mnémosyne. Ce dernier, le groupe dit mnémosyne, a pris pour objet d’étude l’ Atlas-Mnémosyne d’Aby Warburg. Il a donc proposé aux autres de s’en inspirer pour partager un état de leurs travaux.
Y avait Verfeil. Y avait la Grande Maison. Y avait le salon anglais, la salle à manger, la cuisine, le jardin, le dojo, la bibliothèque. Y avait les matelas entassés dans les dortoirs, les brosses à dents jetées autour des lavabos, les livres posés en travers des fauteuils, les feuilles volantes tombant au goutte à goutte de la table à côté de l’imprimante. Y avait des soupes, du pain, du beurre, du café, des bières, des assiettes dégueulant de chou.
« Les choses sont là, pourquoi les manipuler ? » demandait Roberto Rosselini. En les filmant, le cinéma nous donne à voir les choses telles qu’elles sont, dans leur objectivité – contrairement à la poésie, à la peinture, à la sculpture. Pourtant le cinéma manipule les images, littéralement. À la main, il met les images les unes à la suite des autres, dans un certain ordre – c’est le principe même de son fonctionnement. Par l’intermédiaire des images, le cinéma met donc les choses en ordre pour nous montrer l’ordre des choses. Voilà son paradoxe.