Cours magistral

Science

avril 2021

L’écologie est-elle une science comme les autres ?

Les sociétés modernes se sont construites sur l’équation savoir = prévoir = pouvoir. Si l’écologie ne consiste pas seulement à ajouter des connaissances au premier terme, en quoi modifie-t-elle l’équation ?
Discipline née à la fin du XIXe, l’écologie a contribué à subvertir certaines oppositions structurantes pour les sciences modernes. Traditionnellement, le sujet connaissant entretient un rapport d’extériorité et de surplomb à son objet : on cherche les lois de la nature pour en permettre la maîtrise. L’écologie, elle, étudie les relations d’interdépendance qui unissent les vivants – du ver de terre au chercheur en laboratoire – entre eux et à leur milieu. Pourtant, elle exerce aujourd’hui des prérogatives apparemment identiques à celles des sciences fondées sur la séparation entre nature et culture, sujet et objet. Forte d’un discours sur le destin de la planète, on attend de ses modélisations qu’elles valident décisions politiques et innovations technologiques. Peut-on à la fois replacer le sujet connaissant dans son milieu et continuer à exercer les prérogatives d’une science ? Nous en examinerons trois : la capacité à décrire de façon unifié les phénomènes terrestres, celle de prédire les événements futurs et celle de résoudre les problèmes écologiques, à travers les notions respectives d’Anthropocène, de collapsologie et de géo-ingénierie.