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Programme de la session du printemps

Les ateliers et les lectures suivies de cette année tourneront autour de la notion de pouvoir sans que celle-ci ne soit toutefois traitée frontalement comme un thème. Notre propos n’est pas de formuler quelque chose de synthétique sur le pouvoir en une seule année, mais de commencer à l’aborder par différents problèmes.

En effet, la pensée politique, l’activité militante ou encore l’expérience collective nous confrontent à une diversité de formes de pouvoir, de rapports de forces ou de phénomènes de domination, qui rendent la question du pouvoir obsédante sans pour autant permettre de la poser de façon univoque. Qu’y a-t-il de commun entre le pouvoir d’État et les puissances financières ? Entre l’exercice de la force et le façonnement du désir ? Entre l’ordre du discours et les normes de la sexualité ? On sent bien que toutes ces réalités ne sont pas sans rapport, mais il nous semblerait insuffisant de toutes les rapporter à une idée unique.

C’est pourquoi nous ne nous intéresserons pas tant à l’essence du pouvoir qu’à la variété des concepts qui permettent de le penser, de le légitimer ou de le critiquer : norme, organisation, subalternité, colonialité, destitution, etc.

Si la philosophie a affaire au pouvoir, c’est peut-être avant tout parce qu’elle est elle-même, selon la formule de Kant, un « champ de bataille ». Au sens où les idées et les théories s’y affrontent, mais aussi, d’une façon qu’il reste à interroger, parce que les opérations qu’on y mène ne sont jamais simplement neutres et objectives.

Ce que nous entamons ici ouvre un cycle de recherches plus large, qui se poursuivra dans les années suivantes et dont les suites dépendront largement du travail accompli cette année.

Ci-contre, vous pouvez télécharger le programme de la semaine


La vraie vie

Novembre 2018

Exemplifier

Tout peut servir d’exemple. Donc il n’y a pas d’exemple en soi.
A première vue, l’exemple de quelque chose est là pour consolider l’existence d’autre chose, pour faire advenir son être, pour l’imposer. On dirait que l’exemple est de l’ordre de l’impur, de l’imparfait, dévoilant partiellement et imparfaitement une réalité qui lui est supérieure. L’exemple a une fonction de monstration, il fait signe vers autre chose qui est extérieure à lui-même.

Exposé

la vraie vie

novembre 2018

La vie bonne : genres et formes de vie dans la philosophie antique

Quand la philosophie apparaît au Ve siècle av. J.-C., elle ne naît pas comme science, mais comme mode de vie. Philosopher, c’est vivre un certain genre de vie et, si l’on en croit ceux qui le vivent, le meilleur parmi tous. La vie bonne, c’est la vie contemplative. Une telle affirmation s’appuie une réflexion plus large sur les formes de vie – qui ne se réduit ni à la biologie, ni à la sociologie, ni à l’anthropologie, mais qui se situe en
deçà du partage entre l’étude générale du vivant et celle de ses formes singulières. La philosophie n’est donc qu’une forme de vie parmi les autres, mais cette forme prétend être la plus haute. Il faut donc chercher à comprendre ce qui lie l’étude des formes de vie à un plaidoyer pour la vie philosophique. Si le mot grec theoria ne signifie pas simplement « théorie », c’est-à-dire un savoir coupé de l’expérience, mais « contemplation », c’est-à-dire un certain rapport vivant à ce qui est, alors il faut examiner en quoi ce rapport peut prétendre être plus vrai que les autres.

Exposé

La vraie vie

décembre 2018

Vie et vérité chez Nietzsche

Pour cette séance, on commencera par suivre le raisonnement de Nietzsche dans sa dimension destructrice. Ce dernier s’attaque en effet à tous les discours prétendument absolus – par exemple ceux de la philosophie ou de la religion – pour les ramener au type de vie qui l’énonce, en se demandant à chaque fois qui parle. Nietzsche est ainsi un des premiers auteurs à détruire la croyance en l’existence de vérités indépendantes de leur situation d’énonciation, et des rapports de pouvoir particuliers qui les caractérisent. Cette forme de nihilisme fait aujourd’hui partie de notre condition contemporaine : pourquoi choisir un mode de vie plutôt qu’un autre si toute croyance peut être réduite à une stratégie vitale ?
On verra ensuite comment Nietzsche tente de sortir de ce nihilisme. Pour cela, il lui faut reconstruire une distinction entre différentes existences plus ou moins authentiques, à l’intérieur d’un cadre où toute transcendance a été détruite. On examinera sa proposition, qui en passe entre autre par une opposition entre force et faiblesse, et on en questionnera les limites.